• Francois

L'insoumission d'Abraham

Mis à jour : 9 déc. 2019

Abraham est le premier homme avec qui Dieu forme une alliance inédite et personnelle.

Une alliance a précédemment été formée après le déluge entre Noé et Dieu. Cette alliance, symbolisée par l’apparition d’un arc en ciel, inclut l’ensemble l’humanité mais aussi l’ensemble des créatures de la terre.[1] Rien de réellement personnel entre Dieu et Noé.

Tandis que l’alliance conclue entre d’Abraham et Dieu fera d’Abraham le père d’un très grand nombre de nations.[2] Pour conclure cette alliance, Dieu lui-même baptise celui qui s’appelait Abram, « le Père est exalté », en Abraham, « Père d’une multitude de nations ».[3] La circoncision des enfants à partir de 8 jours symbolise l’acceptation et la mémoire de cette alliance. La mise en place de ce rite coïncide avec la naissance d’Ismaël, fils d’Abraham conçu avec sa servante Agar.[4]

Abraham a été un homme de guerre accompli, pour le salut de son neveu Loth emprisonné. Il a aussi été un diplomate hors pair avec le roi de Sodome. Il a aussi joué le rôle d’un intercesseur plein de compassion auprès de Dieu pour le salut des habitants de Sodome et Gomorrhe. Enfin, Abraham est aussi celui dont Dieu demande de lui sacrifier son fils Isaac. Et ce, après que Dieu lui-même ait promis à Abraham de devenir le père d’une multitude de nations ! Une scène ambiguë et très difficile à accepter et à comprendre surtout pour des non-Chrétiens : il faut se soumettre à Dieu sans discuter, avec confiance, même si la demande apparait clairement extravagante ![5]

Isaac, fils et héritier légitime d’Abraham, conçu avec sa femme Sarah. Un fils qui a tant tardé à naître. Et un fils qu’il faut sacrifier en holocauste, en un lieu spécifique : dans les montagnes du pays de Morija.[6]

Dieu ne donne aucune justification, et Abraham obéit en silence. Il ira jusqu’à mentir à son propre fils. Isaac se demandait où était l’animal à sacrifier et Abraham lui répondit que Dieu y pourvoira lui-même. [7]Ou alors Abraham « savait »-il que Dieu le testait ?

Arrivés au lieu-dit, Abraham et Isaac construisent un autel et y arrangent le bois nécessaire à l’holocauste. Puis Abraham y attache son fils et se prépare à l’égorger.[8]

C’est alors qu’un ange du Seigneur appelle Abraham, pour l’empêcher de sacrifier Isaac. L’ange se réjouit qu’Abraham craigne le Seigneur au point d’être prêt à lui sacrifier son fils tant attendu. Mais en réalité, Dieu a en horreur les sacrifices humains. Après ce dénouement dramatique, Dieu pourvoira effectivement un bélier à sacrifier.[9]

Quoi qu’en en dise, il y a une voix en nous, même inconsciente, qui n’arrive pas à comprendre comment le Dieu d’Amour qui nous est enseigné « à partir » du Nouveau Testament aurait pu se comporter d’une manière aussi choquante dans l’Ancien Testament. D’autant que plus de 700 après cette scène, Moïse écrira plusieurs fois dans le Lévitique de ne pas immoler ses enfants en sacrifice aux dieux. Un tel rite sied au culte de Moloch, « l’abomination des fils d’Amon ».[10]

Entre parenthèses, cette anecdote est reportée dans Lévitique mais par analogie à l’existence d’une loi Mosaïque « primitive », transmise oralement (Massorah), qui remonterait jusqu’au temps d’Adam, on peut supposer qu’une telle coutume abominable, l’immolation des enfants, devait exister du temps d’Abraham.[11]

Pour en revenir au sacrifice d’Isaac, ces quelques éléments mis ensemble ont de quoi créer en soit une forme de dissonance cognitive. Une dissonance cognitive est un phénomène de tension psychique interne qui se produit quand plusieurs croyances simultanées entrent en contradiction l’une avec l’autre, par exemple. De nombreuses stratégies mentales, plus ou moins conscientes, existent pour réaliser le maintien de la « cohérence personnelle » et réduire ainsi l’effet de dissonance. L’une de ces stratégies consiste à éviter l’élément source de dissonance.

Dans le cas présenté dans cet article, une dissonance est créée admettant que le Dieu aimant et parfait est sujet à des bouffées de sadisme.

Maintenant, réfléchissons ensemble. Quel est l’un des nombreux reproches que l’on fait souvent (publiquement, hélas !) aux chrétiens ? C’est le fait de ne retenir que les passages qui les arrangent ! A savoir ignorer ces zones plus « sombres » de l’Ancien Testament. Cela traduit, à mon sens, l’expression de l’une de ces stratégies d’évitement pour atténuer l’effet de la contradiction « Dieu parfait » et « sadique sur les bords ». C’est un point capital à réaliser, pour les chrétiens, d’aujourd’hui et de demain ! Et pour toute l’Humanité.

L’ignorance des passages plus « épineux » que les autres est encore le comportement le moins « fantaisiste » qu’un chrétien puisse pratiquer. Mais la volonté de s’inventer des explications fausses, irrationnelles, voire hérétiques, pour limiter les effets d’une telle dissonance cognitive peut hélas se concrétiser. Ultimement, certains en arriveraient à confondre Dieu et le diable, à force de diviniser l’être humain ; de prioriser l’être humain avant Dieu !

Nous sommes en une époque où les gens attachent beaucoup d’importance au « rationnel ». Des « contradictions » comme celle présentée ci-dessus peuvent-elles convaincre des-non croyants de se convertir ? La réponse vient d’elle-même : c’est non !

Dans le cas spécifique du sacrifice d’Isaac, il est nécessaire de considérer l’ensemble de la vie d’Abraham, et même de remonter jusqu’à l’époque du Déluge.

En nous basant sur la généalogie donnée en Genèse 11:10-32 et sur l’âge d’Abram quand il quitte son pays natal tel que décrit en Genèse 12:4, on calcule que presque 470 ans séparent ces deux récits.

Ce nombre d’années traduit l’intervalle de temps entre deux fois consécutives où Dieu s’est adressé directement à l’Humanité, à savoir : Noé (fin du Déluge) et Abram respectivement.

Maintenant, analysons ce qui est rapporté. Cela devrait ressortir dans le présent article et dans les suivants, mais je me refuse à avancer des explications théologiques incompréhensibles, longues et fastidieuses. Le but est de rendre accessible la compréhension de la Bible, ou au moins la faciliter, au plus grand nombre. Et non de m’ auto-satisfaire. Il est capital pour l’humanité de faire réaliser à quel point Dieu est plus proche de nous que nous le pensons. Et que le Royaume des Cieux n’est peut-être pas si loin.[12]

Résumons, dans les faits :

- Dieu s’adresse en personne à Abraham. Ce n’était pas arrivé depuis Noé, 467 ans en arrière. Ce n’est pas un privilège ni un honneur qui peuvent, ou qui devraient, s’ignorer aussi facilement !

- Dieu rappelle sa promesse pour Abram / Abraham une petite dizaine de fois. Ce, sur une durée de 25 ans.

- Dieu a accepté qu’Abraham ose intercéder en personne pour Sodome et Gomorrhe. Dieu souhaitait en effet détruire ces villes qu’il considérait par trop corrompues. Il semblerait que pas même 10 justes y vivaient. Le cas échéant, ces villes n’auraient pas été balayées par la justice de Dieu. A noter que Dieu accepta malgré tout de sauver le neveu d’Abraham, Loth, sa femme et ses deux filles, qui vivaient à Sodome.[13]

- Abraham se moque de l’Éternel lui-même ! Il rit de ce que Dieu lui annonce ! Comme si cela ne suffisait pas, Saraï, devenue Sarah, femme d’Abraham, s’y met aussi ! Et elle, non pas une seule, mais deux fois de suite ! Qui plus est, au moment où l’Eternel lui-même a daigné les visiter en personne pour leur annoncer lui-même la venue de leur futur fils, Isaac ![14]

- Il est reporté qu’Abraham se contente d’un festin pour célébrer la naissance d’Isaac. Pas de détail sur la moindre action de grâce pour célébrer la promesse accomplie de Dieu.

Abraham se contente d’appliquer le rite de la circoncision à 8 jours, symbole de l’alliance personnelle de Dieu avec Abraham, sans autre précision. Rite appliqué indistinctement à l’ensemble de sa famille et de ses suivants.

- la confiance, et même la piété d’Abraham semblaient fléchir. Abraham construisait spontanément des autels pour rendre gloire à l’Éternel, dans ses jeunes années (75 ans quand même). De tels actes ne sont plus rapportés par la suite. Seule la mise en pratique des rites qui symbolisent l’alliance avec Dieu est décrite comme accomplie en continu.[15]

- deux fois, Dieu montre son soutien pour Abraham dans des situations confuses qu’Abraham a provoquées lui-même. Que ce soit avec Pharaon, ou avec Abimélec roi de Guérar, Abraham avait présenté Sarah comme étant sa sœur, par « peur d’être tué ». Or les souverains en question étaient des hommes justes qui n’auraient jamais tenté de prendre Sarah pour épouse, si Abraham avait dès le début présenté Sarah comme sa femme. Hélas pour eux, lesdits souverains avaient fait de Sarah leur femme, ce qui a provoqué le jugement de Dieu contre eux.[16]

A la lumière de l’ensemble de ces éléments, n’importe qui est capable de réaliser qu’Abraham, aussi humain que nous (parfois pire que la moyenne ?), s’est plusieurs fois moqué du Seigneur, de l’Éternel ! Abraham a douté plusieurs fois de Dieu, et sa femme Sarah s’y est aussi mise ! Ce ne serait pas étonnant que Dieu ait voulu tester de façon intransigeante la foi de celui avec qui il a établi une alliance exclusive. Un homme privilégié et béni, mais qui se moque ouvertement de Dieu et de Sa patience.

L’Éternel attend toujours un minimum de « retour sur investissement » après avoir donné une certaine contribution de départ.[17]

Au final, Abraham, en grand privilégié qu’il est, n’a pas été jeté dans les « ténèbres extérieures » malgré son incrédulité (mi-dévotion, mi-incrédulité qui s’échelonne sur près de 30 ans). Car Abraham a su montrer, par son obéissance finale, qu’il est fidèle à Dieu et qu’il Le respecte.

Et Dieu l’a récompensé en le faisant père d’un très grand nombre de nations.

Dieu a testé Abraham, mais au cas où Abraham n’aurait pas obéi à Dieu quant au sacrifice d’Isaac, il reste possible que Dieu aurait fait mourir Isaac d’une façon ou d’une autre. Comme mentionné dans Job1:21 ; « L’Éternel a donné, et l’Éternel a ôté ; que le nom de l’Éternel soit béni ! ».

Mais pour rester sur une note positive, citons le premier Épitre aux Corinthiens de Paul : « Dieu est fidèle, et il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces ».[18]

Rappelons-nous aussi ce passage des Évangiles où Pierre aura renié Jésus trois fois de suite à la maison du grand prêtre, peu après l’arrestation de Jésus au Monts des Oliviers.[19] Et la façon dont Jésus, ressuscité, aura demandé trois fois de suite à Pierre, très exactement, si Pierre l’aimait. Pierre, malgré la tristesse qu’il ressent en réalisant que Jésus est au courant de sa triple trahison, a su faire face à Jésus. Non par bravade, mais par amour pour le Christ.[20] Et voilà que Pierre devint l’un des piliers fondateurs de l’Église. Le même Jugement, la même Justice, le même Amour par-delà les millénaires. Le Dieu décrit dans l’Ancien Testament est donc bien le même Dieu présenté dans le Nouveau Testament.

En conclusion plusieurs points sont à retenir.

Dieu est fidèle en toutes choses, mais Dieu « attend » à ce qu’un certain investissement et une certaine réciprocité se manifeste. C’est ainsi que les miracles accomplis par Jésus se sont produits. Et c’est ainsi que par la foi, nous pourrions transporter des montagnes et franchir des obstacles en première approche insurmontables.

Dieu est Justice aussi. Il corrige de façon proportionnée et équitable ceux qui doutent de sa parole en fonction leur expérience respective et individuelle dans la foi. Nous avons un bon exemple en Luc 1:5-38. Ce passage des Évangiles montre comment un certain souverain sacrificateur ou une jeune vierge seront traités par le messager de Dieu, l’ange Gabriel, suite à leur incrédulité envers Dieu. Le premier sera frappé de mutisme pendant plusieurs mois, la seconde sera bénie entre toutes les femmes. Oui, encore une fois, le Nouveau Testament justifie l’Ancien, et inversement. Car c’est bien le même Dieu, fidèle et unique, qui nous transmet le même message depuis des générations.

De même, Dieu agit de façon proportionnée et équitable envers ceux qui trouvent grâce à ses yeux. C’est à dire ceux qui, en amont, montrent leur respect (leur « crainte ») et leur amour pour Dieu. Des sentiments qui qui se concrétisent par le suivi et par la mise en pratique de Ses commandements.

Dernier point, et des plus crucial : il faut bien retenir que Dieu reste au-dessus de l’Homme ! Abraham, aussi juste était-il, est un homme pécheur comme nous pouvons tous l’être. Selon la façon dont on aborde le sacrifice d’Isaac, Dieu peut passer pour une divinité ambiguë (ce qui est évidemment faux). Ce faux jugement est d’autant facilité si on a le tort de vouloir mettre l’Homme avant Dieu, de « diviniser » l’homme au détriment de Dieu.

Or la psychologie sociale nous démontre que l’être humain a tendance à mettre, voire à rabaisser, à son niveau de compréhension tout phénomène auquel il est confronté. Ce, dans le but de s’approprier un tel phénomène ; pour s’en assurer une forme de maîtrise. En se sentant plus « proche » d’Abraham, d’humain à humain, en montrant cette ingratitude répandue où nous oublions ceux qui nous ont aidé à nous hisser dans la vie et en nous révoltant de la demande de Dieu quant au sacrifice demandé à Abraham, nous pouvons potentiellement « inverser les rôles » au point de considérer que Dieu serait, qu’Il m’en garde (!), diabolique. Alors que dans les faits, ultimement, Abraham ne ferait que récolter ce qu’il a semé.[21] « La sagesse de ce monde est (belle et bien) une folie devant Dieu ».[22]

Réalisez-vous la portée d'une telle interprétation? C'est ce qui fait la différence entre une soumission aveugle à un dieu jaloux et une relation raisonnée et personnalisée avec un Dieu d'Amour! C'est à dire le même Dieu que le Nouveau Testament nous présente. Dieu a formé une alliance personnelle avec un homme maladroit et imparfait, comme nous pouvons tous l'être de notre côté. Acceptons donc nos imperfections et avançons avec Grâce dans la lumière de Dieu.

[1] Genèse 9:17


[2] Genèse 17:4


[3] Genèse 17:5


[4] Genèse 17:11-12


[5] Une interprétation que l’on retrouve en Jacques 2:21-23


[6] Genèse 22:1-2.


[7] Genèse 22:8


[8] Genèse 22:9-10


[9] Genèse 22:11-12.


[10] Lévitique 18:21


[11] Genèse 4 :26 : « Seth eut lui aussi un fils, et il l'appela Enosh. C'est alors que l'on commença à faire appel au nom de l'Eternel. » Cela sous-entend probablement des rites pour célébrer Dieu. Mais ces rites, qui auront probablement évolués depuis, ne sont décrits en détail que dans le livre de l’Exode pour la première fois.


[12] Luc 10 :11 « Le Royaume de Dieu s’est approché de vous ».


[13] Genèse 18:20-33 et Genèse 19:12-13


[14] Genèse 17:17, Genèse 18:12 et Genèse 18:15


[15] Genèse 12:7 et Genèse 13:18


[16] Genèse 12:10-20 et Genèse 20:1-18


[17] Matthieu 25:13-30 : parabole du maître qui confie à ses serviteurs de l’argent à fructifier


[18] 1 Corinthiens 13:10


[19] Marc 14:66-72


[20] Jean21:15-17


[21]Allusion à Galates 6:7


[22] 1 Corinthiens 3:19

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