• Francois

Le Complexe de l'Orphelin

L’article « Dieu et l’Humanité : contexte social et théologique » a mis en lumière une interprétation aussi plausible que revivifiante sur le mode de transmission du message biblique à travers les âges. Dieu nous a transmis un message d’amour, de respect et de paix qui est le même depuis le début. L’Humanité n’avait pas la capacité, ou la volonté, de comprendre et mettre en pratique ledit message. Par la suite, et par Amour, Dieu s’est adapté à l’Humanité grandissante. Ainsi, la transmission de ce message s’est à chaque fois adaptée aux capacités sociales, cognitives et intellectuelles de l’Humanité pour chaque époque où les prophètes ont parlé. Vous aurez noté que le Dieu Éternel et Tout-Puissant des Chrétiens qui « s’adapte à l’Humanité » n’est pas une vision blasphématoire. La venue de Jésus-Christ sur Terre est la preuve ultime que Dieu s’est effectivement adapté à l’Humanité, mais sans non plus faire de concession sur le message à transmettre. A l’image d’un parent qui adapte ses méthodes pédagogiques pour un même message.

Cette conclusion se base, fondamentalement, sur une synthèse de la Bible elle-même. Mais cette image du parent qui s’adapte au niveau de développement de son enfant se rapporte à des notions de psychologie du développement.


Le présent article, « Le Complexe de l’Orphelin », fait aussi appel à des notions de psychologie du développement. D’ailleurs, pourquoi suivre un tel procédé ?

Tout d’abord, en raison du public visé et de l’objectif souhaité. En premier, il est nécessaire de savoir discerner les signes des temps où nous visons.[1] Cela permet entre autres de cerner les attentes globales de chacun. Nous vivons dans une époque qui privilégie la Raison à la Foi. Contrairement aux siècles passés, la superstition et la religion ne guident plus les vies de la majorité des gens. Il n’est plus aussi « aisé » d’évangéliser des personnes qui ont pour ainsi dire pas ou peu de spiritualité. Si l’on souhaite parler de Dieu à des gens rationnels, et idéalement les convaincre du bien-fondé de la foi, il est donc nécessaire de s’adapter. Et, à destination d’un tel public, d’arrêter de « parler en langues ».[2] Prêcher la Parole de Dieu « en langue » en ces temps modernes, c’est s’attendre par avance à ne convaincre… que des gens déjà convaincus ! Quel en est l’intérêt ?


Bien entendu, la psychologie du développement reste bien jeune (et moins complète) comparée au message plurimillénaire de la Bible.[3] C’est ainsi que les résultats des travaux de Donald Winnicott serviront de base « profane »[4] pour ce faire. Donald Winnicott est le premier pédiatre Anglais du XXème siècle qui cumule simultanément les compétences de psychanalyste et de psychiatre.


Donald Winnicott considérait que la relation parent-enfant était le noyau central de l’évolution de l’enfant. Il considérait de plus que le bébé était bien une personne à part entière, dès ses premiers jours, quand Freud considérait que le surmoi n’apparaissait que vers 3-6 ans. Donald Winnicott considérait les relations de façon pragmatique, sans sentimentalisme excessif.


Les idées de Donald Winnicott eurent un impact considérable à l’époque, et encore aujourd’hui. Cet impact est observable dans les domaines du travail social, de l’éducation, de la psychologie du développement et de la psychanalyse et ce, à travers le monde. L’utilisation d’un langage compréhensible par tous et l’animation d’émissions radios publiques sur la BBC, entre 1943 et 1962 contribuèrent à sa notoriété et au succès de ses idées. En 2015, une étude dédiée a démontré que Donald Winnicott était cité dans un total de 15 642 références. L’influence de ce cet homme et la pertinence de ses travaux sont bien réels. Seule une partie des travaux de Donald Winnicott sera présentée par la suite.

Donald Winnicott a débuté sa carrière par l’observation et la gestion des enfants déplacés / réfugiés de la Seconde Guerre Mondiale en Angleterre[5]. Plus particulièrement, il a analysé et compilé les difficultés d’adaptation de ces enfants déracinés à leur nouveau foyer d’accueil. Aussi aimant ledit foyer puisse être, de tels enfants ne pouvaient complètement surpasser leurs douloureuses expériences passées. Une sorte d’interférence se produisait entre le souvenir d’un passé douloureux qui ne les lâchait pas si facilement, la possibilité de vivre un avenir meilleur et lumineux dans leur nouvelle famille d’accueil… et la crainte que tout ne s’écroule de nouveau ! Une crainte d’être de nouveau rejeté ou déçu, qui va s’exprimer de façon surprenante, à l’image d’un mécanisme de défense primaire … par de la haine pour la famille d’accueil aimante.


Cela ressemblerait, à mon sens, à l’expression de sentiments qui ne s’expriment ni au bon moment, ni à la bonne personne. Ce serait comme une forme de projection qui découle du manque de maturité mentale et sentimentale propre aux enfants, aussi expérimentés ou marqués soient-ils par la vie. En complément, je rajouterais que l’estime de soi de tels enfants est bien mise à mal par leur condition actuelle. Cela pourrait tout aussi bien alimenter la haine de l’enfant pour une famille pour qui tout semble réussir. Une famille qui rayonnerait de façon trop éblouissante. Et qui n'a pas souffert comme ils ont souffert.


La haine de l’enfant adopté pour sa famille d’accueil va naturellement se transmettre. Ainsi, la famille d’accueil va se mettre à haïr en retour l’enfant et ce, avec plus ou moins de culpabilité. Comment se permettre en effet de détester un orphelin qui a déjà beaucoup souffert ? Mais il n’y a aucune honte à haïr sur le moment un enfant tout orphelin soit-il, s’il se montre odieux. Si les parents adoptifs refusent de ressentir ouvertement de la haine envers un tel enfant, cela pourrait leur être nuisible psychiquement (relents de malfaisance, masochisme…).

Et c’est à la famille d’accueil d’accepter la présence d’une telle violence dans cette relation particulière avec un enfant brisé. La famille doit aussi réaliser que cette haine de l’enfant n’est pas personnelle : c’est un mécanisme de défense qui naît de la crainte d’être déçu, voire d’être rejeté face à l’espoir d’une vie meilleure. Comme si la possibilité d’un avenir radieux en devenait insupportable, à la lumière de leur propre passé.

L’expression de cette haine de la part de ces enfants est une sorte de test de la tolérance à la haine de leur nouvelle famille. Ce que Donald Winnicott définit par la « tendance anti-sociale »[6].


Selon sa croyance, l’enfant est convaincu qu’il ne peut être réellement aimé que s’il a été effectivement haï puis accepté pour ce qu’il était.

Cette haine mal ciblée de l’enfant pour sa nouvelle famille se dissipera sous certaines conditions. La principale de ces conditions vient de la capacité de la nouvelle famille à tolérer l’enfant à terme, sans le rejeter, même après l’avoir haï. C’est alors que des liens forts peuvent se tisser. Sans jugement, ni compétition de quelque sorte que ce soit.

C’est ainsi que Donald Winnicott fait partie de ces hommes qui se refusent à croire en un quelconque modèle chimérique de « famille parfaite ». C’est un pragmatique qui privilégie l’honnêteté, le réalisme et l’empirisme à toute forme de sentimentalisme. Un sentimentalisme dont il démontre les effets nuisibles pour soi et pour les autres. A noter que Donald Winnicott est allé plus loin en avançant qu’un tel comportement pourrait être généralisé à l’ensemble des enfants, et non pas seulement les enfants brisés par la vie.[7]

Cette présentation sur les travaux de Donald Winnicott est un prérequis pour comprendre ce qui va suivre.


Nous présentions dans un article précédent les chiffres alarmants de la chrétienté dans le monde occidental. Mais nous n’avons listé aucune explication quant aux raisons de cette déchristianisation, mis à part une ignorance qui s’auto-entretient (absence aux cultes, absence de prière personnelle) et des enseignements non adaptés. Plus particulièrement, des enseignements non adaptés à cette époque. Le présent blog a l’ambition de palier ce dernier point ou du moins, d’y contribuer. Ce, conformément à ce que l’Ecriture elle-même nous enseigne.


Quel rapport existe-t-il entre ce que j’appellerais le « complexe de l’orphelin » décrit plus haut[8] avec la chute de la chrétienté dans le monde occidental ? Là encore, vous avez probablement déjà la réponse, plus ou moins enfouie dans votre subconscient.

La haine pour un Dieu trop parfait, trop miséricordieux, trop impénétrable et incompréhensible qui procure un mélange d’espoir teinté d’auto-culpabilité, avec une pointe de doute, aussi… Le dégoût ou la jalousie pour des croyants dont le comportement trop exemplaire ne fait que mettre en lumière les propres imperfections et transgressions d’autrui… L’être humain est ainsi fait : toutes cultures confondues, dans un contexte compétitif propre à toute société ou assemblée humaine, les gens coopératifs sont les premiers punis (« punition antisociale ») ou critiqués (« l’exception des bonnes âmes »). Cette hostilité s’exprime dans le but d’atténuer le contraste jugé trop important entre quelqu’un que l’on considère au-dessus du lot et le reste du groupe. Une forme de nivellement par le bas qui se fonde sur une approche corrompue de l’égalité pour tous.[9] (A développer plus en avant dans un autre essai :-p)


Or, une telle hostilité pour des Chrétiens « trop parfaits » n’a pas lieu d’être. En plus d’être imparfaits « comme tout le monde », les Chrétiens ne pratiquent pas quelque compétition que ce soit qui justifierait l'activation de quelque mécanisme défensif ou offensif que ce soit :


- La Grâce de Dieu est un don gratuit.[10]


- Ceux qui rendent un culte à Dieu ne sont pas des gens parfaits, mais des gens moins corrompus que d’autres.[11]


- La perfection (et donc l’infaillibilité) humaine n’existe pas. [12]


- Nous sommes tous différents, avec des dons différents et nous nous harmonisons en Jésus-Christ.[13]


Pour finir, quelques versets de Paul l’apôtre issus de Romains 15:1-6. Il est tout à fait édifiant d'y voir là la gestion du complexe de l'orphelin vis à vis de la chrétienté, avec en conclusion, les tenants et aboutissants :

« Nous qui sommes forts, nous devons supporter les faiblesses de ceux qui ne le sont pas, et ne pas nous complaire en nous-mêmes. Que chacun de nous complaise au prochain pour ce qui est bien en vue de l'édification. (…) Que le Dieu de la persévérance et de la consolation vous donne d'avoir les mêmes sentiments les uns envers les autres selon Jésus Christ, afin que tous ensemble, d'une seule bouche, vous glorifiiez le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ. »


Principales sources en psychologie :

https://psychoanalysis.org.uk/our-authors-and-theorists/donald-woods-winnicott

https://www.goodtherapy.org/famous-psychologists/donald-winnicott.html

https://www.theguardian.com/lifeandstyle/2013/apr/19/mothers-naughty-step-donald-winnicott

The Psychology Book, DK Editions

[1] Matthieu 16 :2-3 : « Jésus répondit (aux pharisiens) : « Le soir, vous dites : ‘Il fera beau, car le ciel est rouge’, et le matin : ‘Il y aura de l'orage aujourd'hui, car le ciel est d'un rouge sombre.’ Hypocrites ! Vous savez discerner l'aspect du ciel et vous ne pouvez pas discerner les signes des temps. »


[2] 1 Corinthiens 14 : 2-5 : « En effet, celui qui parle en langue ne parle pas aux hommes mais à Dieu, car personne ne le comprend, et c'est en esprit qu'il dit des paroles mystérieuses. Celui qui prophétise, au contraire, parle aux hommes, les édifie, les encourage, les réconforte. Celui qui parle en langue s'édifie lui-même, alors que celui qui prophétise édifie l'Eglise. Je désire que vous parliez tous en langues, mais encore plus que vous prophétisiez. Celui qui prophétise est plus important que celui qui parle en langues, à moins que ce dernier n'interprète pour que l'Eglise reçoive une édification.


[3] Pour mémoire et pour comparaison, la psychologie moderne en tant que discipline scientifique n’existe comme telle que depuis à peine plus d’un siècle.


[4] Comprendre, sans connotation religieuse de quelque nature que ce soit


[5] A noter que l’UNICEF est créée à la même époque, en 1947. Petite anecdote pour resituer rapidement la condition des enfants à cette époque.


[6] « anti-social tendency » dans la langue de « J’expire ». Certains l’écrivent Shakespeare.


[7] Une telle forme de relation semble des plus étranges. Mais en y repensant, cela me rappelle un peu les arts martiaux. Plus particulièrement, cette voie de l’harmonisation des énergies, que l’on appelle « Aïkido », en Japonais. Où l’on s’adapte, sans haine ni retenue mais par simple nécessité, à l’énergie que le partenaire vous donne. L’un des seuls arts martiaux où le principe de compétition n’existe pas.


[8] A noter que cette dénomination de « complexe de l’orphelin » semble inédite. A noter que j’ai encore pas mal d’autres idées de ce type, tout aussi originales. Donc s’il y a parmi vous des mécènes qui m’assureraient un revenu confortable pour le reste de mes jours contre mes écrits, n’hésitez pas ! J’accepte aussi les demandes en mariage avec les jeunes femmes riches et belles :-)


[9] https://www.sciencedaily.com/releases/2018/07/180720112816.htm https://journals.sagepub.com/doi/abs/10.1177/0956797617752642?journalCode=pssa


[10] Romains 3 :23-24 : « tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu ; et ils sont gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus Christ. »


[11] Deutéronome 2 : 4-5, en rapport avec la conquête de la Terre Promise par les esclaves Hébreux affranchis : « Lorsque le Seigneur votre Dieu les aura chassés devant vous, n’allez pas vous vanter en disant : « Le Seigneur nous permet de prendre possession de ce pays parce que nous l’avons mérité ! » En réalité, c’est à cause de la mauvaise conduite de ces peuples que le Seigneur les mettra en fuite à votre approche et que vous pourrez prendre possession de leur pays. Ce n’est vraiment pas parce que vous le mériteriez par votre loyauté ! Le Seigneur chassera ces peuples à cause de leur mauvaise conduite, et pour réaliser la promesse faite à vos ancêtres Abraham, Isaac et Jacob.


[12] 1 Jean 1 :8-9 : « Si nous prétendons être sans péché, nous nous trompons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous. Mais si nous confessons nos péchés, nous pouvons avoir confiance en Dieu, car il est juste : il pardonnera nos péchés et nous purifiera de tout mal. »


[13] Romains 12 :4-6 « Car, comme nous avons plusieurs membres dans un seul corps, et que tous les membres n'ont pas la même fonction, ainsi, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps en Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres, (avec tous) des dons différents, selon la grâce qui nous a été accordée

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